Premier non-Européen à diriger la FIFA, João Havelange a façonné le football mondial en le propulsant dans une ère de puissance économique inédite. Mais derrière son ambition, un système opaque s’est installé, laissant un héritage aussi grandiose que controversé.

Wim Meuleman et João Havelange Crédits : NL-HaNA
Né en 1916 à Rio de Janeiro, João Havelange n’a pas seulement dirigé la FIFA, il en a fait un empire. Athlète olympique devenu stratège du sport mondial, il prend la tête de l’organisation en 1974 et la dirige pendant 24 ans, transformant la Coupe du Monde en un événement planétaire. Sous son règne, le football devient un produit ultra-médiatisé et lucratif. Mais cette réussite s’accompagne d’un mode de gestion autocratique et d’affaires de corruption qui éclabousseront l’institution bien après son départ.
Un Visionnaire Qui a Globalisé le Football
Avant l’arrivée de João Havelange, la FIFA était dirigée par des Européens et restait une organisation à la structure limitée. Son élection en 1974 marque un tournant. Premier président non-européen, il ambitionne de faire du football un sport mondial, au-delà de son ancrage historique en Europe et en Amérique du Sud.
Sous son impulsion, la Coupe du Monde s’ouvre à de nouveaux continents. En 1994, elle se joue pour la première fois en Amérique du Nord, aux États-Unis, et dès 1998, elle passe à 32 équipes. Il promeut également le football féminin avec la création du premier Mondial en 1991.
Mais Havelange ne se contente pas d’élargir la compétition. Il comprend que le football peut devenir une industrie. Il attire les sponsors, négocie les premiers contrats de sponsoring massif avec Adidas et Coca-Cola et révolutionne les droits télévisuels, transformant la FIFA en une machine à profits.
Le Scandale ISL : Une Corruption à Grande Échelle
Si João Havelange a façonné le football moderne, c’est aussi en mettant en place un système où l’argent et le pouvoir s’entremêlent. L’affaire ISL en est l’exemple le plus marquant.
À partir de 1982, la société International Sport and Leisure (ISL) obtient la gestion des droits marketing de la Coupe du Monde. Mais en coulisses, ISL verse plus de 100 millions d’euros de pots-de-vin à plusieurs dirigeants de la FIFA, dont Havelange et son gendre, Ricardo Teixeira, ex-patron de la Confédération brésilienne de football.
Si la justice suisse ne condamne jamais officiellement Havelange, il est contraint de verser une lourde compensation financière pour éviter des poursuites. En 2013, rattrapé par ce scandale, il démissionne de son poste de président d’honneur de la FIFA.
Ce scandale est le premier domino d’une série d’enquêtes qui culmineront en 2015 avec l’opération anticorruption menée à Zurich, provoquant la chute de son successeur, Sepp Blatter, et par ricochet, la fin de la présidence de Michel Platini à l’UEFA.
Un Mentor Controversé : La Relation Père-Fils avec Blatter
João Havelange n’a pas seulement dirigé la FIFA, il a aussi façonné son successeur. Sepp Blatter, son bras droit, devient son héritier en 1998. Un proche décrit leur relation comme celle d’un « père et d’un fils ». Blatter applique les méthodes de son mentor, perpétuant un système où le pouvoir repose sur des alliances et une gestion opaque.
Mais comme Havelange avant lui, Blatter finit par être rattrapé par les affaires. Accusé de corruption massive, il est poussé vers la sortie en 2015, marquant la fin d’une ère à la FIFA.

Sepp Blatter et João Havelange Crédits : NL-HaNA
Une Gestion Autoritaire et des Alliances Troublantes
Derrière ses réussites, João Havelange est aussi décrit comme un dirigeant autoritaire et opportuniste. Le journaliste brésilien Juca Kfouri l’accuse d’avoir pactisé avec les dictatures militaires en Amérique du Sud et en Afrique, se rapprochant de tous les dirigeants influents pour asseoir son pouvoir.
À la FIFA, il verrouille l’institution, plaçant ses fidèles aux postes stratégiques et s’entourant de partenaires comme la famille Dassler, propriétaire d’Adidas. Officiellement « apolitique », il sait pourtant tirer profit des relations avec les puissants.
La Coupe du Monde, Une Machine à Profits
Sous Havelange, la Coupe du Monde devient un événement commercial gigantesque. L’édition de 1994 aux États-Unis est une réussite totale : stades pleins, audiences records et explosion des recettes publicitaires. La FIFA engrange des milliards, faisant du football une industrie globale.
Mais cette évolution a un revers. La recherche du profit devient une priorité absolue. Les sponsors dictent leurs conditions, les droits TV explosent et l’organisation des compétitions est influencée par des intérêts économiques. La FIFA, sous son règne, devient une entité plus puissante que jamais, mais aussi minée par la corruption.
Un Héritage Ambigu
João Havelange s’éteint en août 2016 à l’âge de 100 ans, laissant un football profondément transformé. Il a permis son expansion mondiale, mais au prix d’un système gangrené par les scandales.
Son disciple, Sepp Blatter, continuera sur la même voie avant d’être balayé par l’affaire de corruption de 2015.
Aujourd’hui, alors que la FIFA tente de restaurer son image, une question demeure : peut-on concilier l’essor économique du football et l’éthique sportive ?
Voir aussi notre article sur : Le Scandale du FIFA Gate : Corruption et Secousses au Football